Mme Bérubé

De Espace Citoyen.

Témoignage de Mme Joselle Bérubé, une « proche aidante », reçu par courriel le 22 mai 2007:


Les aidants naturels

Ma mère ne vivait pas avec nous, mais en fin de vie, j’ai été responsable de tout ce qui la concernait.

J’ai fait partie d’un groupe : Les aidants naturels du CLSC Orléans.

Nous étions quelques personnes qui avaient un parent, un oncle ou une tante, soit à la maison soit en hébergement. C’était une occupation de 24h/24h pour ceux qui avaient un parent à la maison, mais presque autant pour les autres.

Il faut quémander pour demander du gardiennage à la famille, mais il faut quémander aussi pour demander de partager les visites en hébergement. De toute façon, c’est sans résultat. La petite tape sur l’épaule : « C’est beau ce que tu fais pour ta mère ».

Quand on a un parent en hébergement, on a toujours peur qu’il manque de quelque chose, on ne veut pas se sentir coupable de l’avoir placé, et on remplace le manque de présence des autres membres de la famille par une présence constante. Même qu’on se surprend à prendre soin des autres qui n’ont jamais de visite, et qui n’ont même pas une chaise berçante pour se reposer du lit de temps en temps.

Les problèmes à affronter

Problèmes de société:

  • infantilisation des personne en perte d’autonomie;
  • manque de respect aux personnes âgées;
  • logements qui devaient être démolis parce qu’ils sont devenus inadéquats pour les patients des hôpitaux, mais aussi pour les aînés. Les anciennes crèches qui ne sont jamais disparues, mais ont changé de vocation, sont irréparables, impossibles à chauffer, parce que ces systèmes n’existent plus, et ce genre de construction ne se fait plus; impossible à climatiser : des trous dans les murs font le travail.

Le gouvernement a envoyé cet hiver à l’Hôpital général de Québec des couvertures de laine pour les pensionnaires, parce qu’on n’arrivait plus à garder un peu de chaleur. Même les employés travaillaient la nuit avec leur manteau. Quels bons gens!

Mauvais soins:

  • mauvaise alimentation;
  • sévices corporels;

Fraudes:

  • les pots de vins des fournisseurs aux résidences privées et publiques, afin d’avoir leur clientèle (fournisseurs qui ne sont pas les propriétaires, mais les financiers. Ce sont les épouses qui sont propriétaires.)
  • dans l’entreprise privée, des logements réservés aux touristes l’été pour se faire un peu d’argent en dessous de la table;
  • la publicité trompeuse sur des soi-disant infirmières, qui ne le sont pas
  • les abus sur la vente de médicaments : $1.00 pour un tylenol et $2.00 pour un bénadryl; il faut payer en argent comptant
  • d’autres soins ou services aussi à payer en argent comptant; des factures gonflées ou sans numéro de TPS et de TVQ.

Toutes ces fraudes sont connues du gouvernement.


La génération qui suit les personnes âgées

Les personnes qui ont aujourd’hui 70 ans et moins ont travaillé et gagné leur vie pour rester autonomes financièrement toute leur vie et pouvoir, pendant leur vieillesse, rester à la maison, tout en ayant un peu d’aide au début et l’accès à de vrais soins à domicile. D’autres peuvent se construire eux-mêmes leurs propres résidences privées de groupe sans attendre les subventions que les enfants devront payer plus tard. C’est déjà payé. Ainsi les enfants hériteront, au lieu de s’endetter. Ce qu’on leur fait croire aujourd’hui, c’est qu’ils devront prendre en charge leurs parents. Mais ce n’est pas vrai puisque les parents d’aujourd’hui ont de l’argent et peuvent se prendre en charge eux-mêmes, sans les enfants. Les parents d’aujourd’hui doivent s’organiser pour demain, et prouver que : infantiliser les personnes âgées, les priver de leurs droits, les humilier, les affaiblir physiquement n’a pour but que de vider les poches de tout le monde.

Nos grands-parents ont courbé l’échine, c’était leur génération d’obéir. La génération qui suit n’est pas aussi obéissante et donnera du fil à retordre. Cette génération a toujours été là dans les grands changements et les grands projets. Ils ont payé pour leurs parents, pour eux et leurs enfants. Ils ont toujours été autonomes. Donnons-leur la place qui leur est due, en les respectant, et non en les affaiblissant physiquement et psychologiquement.


Et toi ma mère, mère, femme avant-gardiste que tu étais, j’ai été la privilégiée parce que c’est moi qui ai reçu tes derniers mots d’amour et tant pis pour ceux qui n’étaient pas là.


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