Mme X., du Rwanda
De Espace Citoyen.
Cet entretien a été réalisé au domicile de la personne et dans sa langue maternelle. Un interprète était donc sur place. Cette dame âgée vit au Québec depuis quelques années seulement.
Type de service médical fréquenté dernièrement
- Kinésithérapeute / physio : référée par un médecin du CHUL;
- Contexte de la 1ère rencontre au CHUL : s’est rendue pour des douleurs à la jambe, surtout à l’estomac. Là, a été référée à un centre, à ce centre, on l’a référée a un deuxième centre celui qu’elle fréquente actuellement.
- État de santé : elle a de la difficulté à marcher aisément, boite un peu.
- Généralement, lorsqu’elle a un problème de santé, elle se rend à l’hôpital* (voir plus bas);
- Proximité du service le plus fréquenté : le service de physio est plutôt loin de chez elle, elle doit faire deux changements de bus. Elle doit s’y rendre deux fois par semaine.
Sentiment de satisfaction face aux services reçus
Habituellement, sa fille étant à ses côtés, c’est elle qui l’accompagne dans ses démarches et ses rendez-vous et qui traduit auprès du personnel soignant. Maintenant qu’elle est partie pour l’été au Rwanda, elle doit faire appel à un service d’interprète. Le problème le plus marquant à son avis, c'est l’attente à l’hôpital et les délais pour avoir un rendez-vous. À ce jour, elle attend depuis 10 mois de voir un spécialiste concernant son problème à l’estomac.
Confiance en face des intervenants
Elle affirme qu’elle évalue sa satisfaction face aux services rendus en fonction de l’effet des médicaments. Comme les médicaments amenuisent sa douleur et qu’elle se sent mieux, elle se voit satisfaite. Elle affirme que les médecins font de leur mieux, «ce qu’ils peuvent aussi longtemps que le patient est récupérable». Elle affirme être bien traitée par les médecins et que s’ils n’étaient pas bons, les patients «mourraient en série». Le bon Dieu a également, selon elle, aussi sa part d’action, de responsabilité. Dans le nouveau centre (le 2ième qui lui ait été référé) qu’elle fréquente, elle ne fait que recevoir des traitements de physio, on ne lui prescrit pas de médicaments. Si elle demande de recevoir d’autres médicaments, elle doit attendre de revoir le médecin au CHUL. Étant peu familière avec le réseau, elle ne fait pas de démarches à l’extérieur de ce qu’on lui propose dans le cadre de ses consultations.
Service d’interprète ou de traducteur (référé par le centre international des femmes de Québec)
Le traducteur lui a été désigné, donc théoriquement, ce devrait toujours être le même. Problèmes rencontrés :
- Si le traducteur est en retard, elle voit son rendez-vous soit écourté, soit annulé. S’il est absent ou ne se présente pas, elle doit manquer son rendez-vous.
- Le traducteur, ne connaissant pas le patient (son histoire), ne perçoit pas toujours nécessairement très bien ce qu’elle signifie ou veut transmettre au médecin ou à l’intervenant et selon elle, ce qu’il dit devient parfois superficiel. Elle affirme qu’elle se sentait mieux avec sa fille, aussi parce qu’elle est infirmière et que selon elle, elle réussit à mieux transmettre ses propos.
- Elle sent donc qu’elle doit intervenir : en faisant des signes et en montrant elle-même où elle a mal, si elle veut que le message soit bien transmis!
Évaluation de sa connaissance des services relevant du Réseau des services de santé
- Info-santé : elle ne connaît pas;
- CLSC : elle ne connaît ni le terme, ni même l’existence de cette institution. Cependant, elle a entendu dire qu’il y avait un «petit hôpital», mais ne l’a jamais vu. Elle affirme continuer d’aller à l’hôpital, car c’est l’endroit qu’elle connaît et avec lequel, elle est le plus familière.
- CHSLD : elle a entendu parler de ça à travers des connaissances (membres de la communauté rwandaise de Québec) qui lui en ont parlé. Elle est au courant qu’il y a des centres pour les personnes semi-autonomes et ceux pour les personnes non-autonomes.
- Les centres de jour : elle ne les connaît pas.
Son opinion / impression sur le principe des CHSLD
Selon elle, c’est un pis aller étant donné que les parents ici ne vivent pas aux côtés de leurs enfants. Selon elle, c’est une bonne chose de se retrouver avec d’autres personnes aînées plutôt que de se retrouver seul à la maison et de mourir seul, à la maison, sans que personne le sache (inconcevable dans sa culture!). Irait-elle? Elle trouverait ça difficile parce que selon elle, elle perdrait son intimité (se faire laver, se faire préparer des repas, etc.) et que c’est dans sa famille qu’elle trouverait son intimité, pas auprès d’inconnus.
Sa communauté d’amis
Côtoie-t-elle d’autres personnes de son âge ou pas? Oui. Des gens nouvellement arrivés de Tanzanie, du Kenya, des réfugiés congolais et rwandais. Cependant, ce sont-là des contacts frais et les relations sont à ce jour, peu approfondies. Pour ce qui est des membres de la communauté rwandaise de Québec, elle les contacte davantage par téléphone.
Sa conception d’une personne aînée
Une personne qui n’a plus assez de force pour faire tout ce qu’elle veut. En kinirwandais, l’expression suivante désigne ce qu’on entend par personne aînée : «Attends-moi mon enfant»; alors qu’avant, c’est l’enfant qui disait à son papa : «attends-moi papa!». Selon elle, c’est une étape inévitable, qu’on doit accepter, mais on peut, à la limite, s’en remettre à Dieu.
Ce qu’elle pense de la façon qu’on traite les aînés au Québec
Elle affirme que les aînés bénéficient de beaucoup de soins. Selon elle, les CHSLD sont une option acceptable. Cependant, pour elle la meilleure option, c’est la maison et si on ne peut pas, ça demeure un bon compromis. Elle dit qu’elle ne juge pas cela. Par contre, elle dit que d’aller chez ses enfants, ça peut aussi leur imposer un fardeau et que ça peut par ailleurs occasionner des jalousies ou des tensions entre belle-mère et belle-fille; c’est pourquoi chez elle, ce sont souvent les petits-enfants (envoyés par sœur ou frères dans la maison familiale) qui s’occupent des aînés. Le parent va effectivement rarement habiter chez son enfant! Mais dans tous les cas, elle déplore que des enfants abandonnent leurs parents, elle dit que «c’est ça qui tue les gens! » Ayant deux sœurs mariés à des Blancs, elle était sensiblement familière à la situation des aînés au Québec. Dans la plupart des cas, elle trouve les gens très courtois à son égard quand elle sort faire ses courses par exemple, bien qu’il soit arrivé que le chauffeur de bus ait à intervenir auprès des jeunes pour qu’ils lui cèdent la place. Elle affirme qu’elle trouve que les jeunes manquent généralement de bonnes manières auprès des personnes aînées.
